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FCNantais.com : Aviez-vous déjà fait paraître des articles par l'intermédiaire du Parisien ?
Rodolphe Landais : Oui bien sûr puisque je suis correspondant pour Le Parisien depuis 15 ans. Je ne m'occupe pas des pages sportives. Je travaille à la fois pour Le Parisien et pour FBLO.
Vous n'aviez donc pas proposé votre article à d'autres journaux
Evidemment non.
La présentation faite par Le Parisien, son titrage, respecte-t-elle le message que vous vouliez faire passer ?
Oui pas de problème de ce coté là. Même si on ne maîtrise pas toujours le titre qui sera donné à un article.
Si on synthétise un peu les réactions des internautes depuis mardi matin : on a pu lire qu'il pouvait s'agir essentiellement d'un coup de pub à bon compte pour le Parisien et Aujourd'hui, et par ricochet un coup porté par le groupe Amaury (L'Equipe, Le Parisien, …) contre la Socpresse. Enfin, depuis la conférence de presse de Rudi Roussillon, votre article passe pour mal informé et on s'attaque volontiers au journaliste qui ne connaît rien à l'analyse comptable.
A partir du moment où vous avez un débat, vous avez deux prises de position opposées, forcément les réactions le sont aussi et on peut tout entendre, même des choses extrêmes sur un sujet « passionnel ». Ça ne m'étonne pas plus que ça.
Une question récurrente posée par les Internautes et qui mérite un éclaircissement de votre part : pourquoi cet article paraît maintenant, alors qu'il s'appuie essentiellement sur des données comptables qui datent du mois de juin 2005
Je parle effectivement du bilan du club au 30 juin dernier tel qu'il a été présenté à la DNCG et comme l'impose la DNCG, même si l'exercice comptable du club est clos au 31 décembre.
Bien entendu, Il y a eu du changement entre juin et aujourd'hui. Il n'empêche que ce bilan relate bel et bien les résultats financiers du club au 30 juin. Or ces résultats ont été certifiés par le Commissaire aux comptes le 2 octobre. Ils sont donc devenus officiels à partir de cette date. C'est une première chose. Ensuite, ce sont, comme on s'en doute, des données confidentielles qui sont en la possession de Rudi Roussillon, Jean-Luc Gripond, la Socpresse et Dassault. Or j'ai bénéficié d'une fuite il y a 15 jours. Cela explique que mon article est sorti en début de semaine. C'est donc un premier élément factuel, puisque pour être tout à fait précis : au 30 juin le club accuse un déficit de 9.640.001 euros, comme le montre les pièces comptables que je vous confie et qui sont mes sources. (ndlr : lors de la remise des documents, Rodolphe Landais a précisé que les mentions de la provenance de ses sources, en-têtes et pieds de page, ont naturellement été masquées ).
Ce chiffre de plus de 9 millions et demi n'est pas le déficit qui avait été annoncé alors, puisque Jean-Luc Gripond avait parlé d'un déficit à hauteur de la perte engendrée par le mauvais classement final du club à hauteur de 4,5 millions.
Absolument. Là ce sont les premiers résultats publiés de cette saison. A l'époque effectivement, il avait été évoqué un passif d'environ 4 millions. Mais c'est un fait : il y a 9.640.001 euros de déficit et Roussillon ne dément d'ailleurs pas cela. C'est un montant auquel s'ajoutent les 6 millions et quelques de pertes cumulées au 31 décembre 2004. Nous avions d'ailleurs fait un « papier » là-dessus à la radio à l'époque. Donc on arrive effectivement à un montant avoisinant les 16 millions de pertes.
Pourtant lorsqu'on consulte les comptes publiés par le club et accessibles sur le net via un site comme Société.net, les comptes de 2003-2004 ne font pas apparaître un tel déficit.
Les 5 à 6 millions de passif sont bien cumulés sur 2 ans. C'est en quelque sorte ce que le club a dépensé à perte, à fonds perdus . (ndlr : en 2003, le club accusait un déficit de 6,6 millions, en 2004 un bénéfice de 262.500 euros. Un résultat positif du fait de la vente massive de joueurs cadres dont notamment les ventes de Yepes et Armand au Paris SG. On imagine donc que sans ces ventes, qui ont influé sur la saison catastrophique qui a suivi, le résultat aurait aussi été particulièrement mauvais ). Ensuite en ce qui concerne la trésorerie, vous verrez sur les bilans qu'elle était de plus de 9,4 millions au 30 juin 2004 et qu'il n'y a plus rien ou presque en juin 2005.
Mais Jean-Luc Gripond explique mercredi dans les colonnes de Presse-Océan, que cette somme est remontée à la maison mère. Financièrement, il ne s'agirait ni plus ni moins que de l'application d'une méthode communément employée dans le cadre d'une gestion centralisée.
Je ne fais que constater que cette somme n'apparaît plus dans les comptes et ça n'est pas anodin. Les déclarations de Gripond masquent la vérité. Comme je l'ai dit dans l'article, cette somme a été remontée car la Socpresse a récupéré le montant de ses engagements, en dehors évidemment des actions achetées pour prendre le contrôle du club. Or cette somme était sur un compte courant bloqué pour une durée déterminée de 5 ans. Et au terme de cette échéance, la Socpresse a naturellement récupéré ses billes. Finalement la Socpresse n'a rien investi dans le club, c'est aussi ce qu'il faut retenir et indépendamment de la situation déficitaire, elle n'a pas hésité à reprendre l'argent.
Ce qui sous-entend aussi que le club n'est plus maître de sa trésorerie et ne peut pas faire travailler cet argent par exemple.
Absolument. Par ailleurs le FCNA est une SA (ndlr : SASP de type classique) au capital d'un peu moins de 5 millions d'euros. Quand une SA perd plus de la moitié de son capital social, ce qui est largement le cas, elle doit prévenir ses actionnaires en conseil d'administration et le tribunal de commerce lui donne deux ans pour rétablir l'état de sa trésorerie. Voilà dans quel état était le club au 30 juin et c'était bel et bien une situation de dépôt de bilan.
Oui et la DNCG est au courant, puisque le club lui fournit une lettre d'engagement pour couvrir les pertes.
Tout à fait. Or Dassault a du injecter 13 217 000 euros dans les caisses du club. C'est le montant qui figure dans le poste Autres Créances de l'analyse du bilan réalisée en octobre.
C'est une révélation d'importance, car on n'avait à ce jour jamais eu la preuve que Dassault avait injecté de l'argent dans le club. Mais si le club n'a pas communiqué là-dessus, on suppose que c'est parce qu'il aurait préférer annoncer que si Dassault met de l'argent c'est pour investir et non pour couvrir les dettes ?
Exactement, ils mettent cette somme non pas pour faire avancer le club mais simplement pour lui permettre de continuer à exister. Et ce sont des réalités comptables.
Lors de sa conférence de presse, Rudi Roussillon ne dément pas formellement ces chiffres. Il s'interroge juste sur le calcul des 16 millions de pertes cumulées.
Oui, et c'est important de le noter. Mais comme je ne veux pas qu'il y ait de doute, c'est la raison pour laquelle je vous ai fourni les documents comptables et vous permets de les publier. Je suis d'ailleurs assez content que les supporters du club puissent juger sur pièce. Je suis aussi content finalement que vous m'ayez contacté, car j'en ai entendu de belles et notamment de la part de certains confrères. Or les chiffres sont là et personne, avant la parution de l'article, ne savait qu'au 30 juin, le club était au bord du dépôt de bilan et personne ne savait non plus que, du fait de cette situation financière, l'entourage de Dassault avait songé à lâcher le club. Vous noterez par ailleurs que depuis cet article et la conférence de presse qui a suivi, on oublie ces révélations, on ne discute pas de ces chiffres, pour préférer attaquer son auteur et le journal qui a fait cette publication. Enfin, ça n'est pas innocent non plus si Rudi Roussillon insiste plusieurs fois en déclarant qu'il ne veut plus se retourner sur le passé et qu'il préfère souligner le fait qu'il maîtrise la situation depuis le 28 juin. Or je le répète, le club était bien en situation de dépôt de bilan et accusait une perte beaucoup plus importante que celle annoncée et n'avait pratiquement plus de trésorerie. Je ne dis pas autre chose et vous, par exemple, n'étiez pas au courant de cela.
Oui effectivement on le découvre en lisant l'article, mais cela ne met en cause que la gestion précédente et éventuellement le peu de répondant et d'implication positive de la Socpresse.
Absolument, puisque c'est le groupe Dassault lui-même qui a du injecter dans les caisses 13.217.000 euros. Et c'est encore lui qui devra intervenir auprès de la DNCG.
Quel est votre sentiment par rapport aux démentis, de concert, de Rudi Roussillon et Jean-Luc Gripond ?
Concernant Jean-Luc Gripond, je ne me répète pas. Il n'y a rien d'étonnant, mais je mets en doute la véracité de la cause de la remontée de la trésorerie. En ce qui concerne Rudi Roussillon, je constate encore qu'il n'a pas contesté les chiffres importants. D'ailleurs je peux même vous confier, et c'est ce qui fait que je suis un peu « remonté », que la veille, le lundi, après la conférence de presse où il fait ses vœux, je suis allé le voir et je lui ai annoncé que mon article allait sortir le lendemain dans la presse. Je lui livre les chiffres qui seront dévoilés. Il est donc parfaitement au courant. Et il me confie deux choses importantes. D'une part que cela ne le gêne pas que je parle de la situation de dépôt de bilan qu'a connu le club et d'autre part qu'à son arrivée, il avait plus de 10 occasions de porter plainte. Et si je vous confie cela, c'est bien parce que son discours du lendemain et donc son double discours par rapport à ce qu'il me dit la veille, me consterne. Sans parler de ses menaces de poursuite contre Le Parisien.
Le communiqué de la LFP, dans l'après-midi, n'a lui rien d'étonnant.
Non bien sûr. Puisqu'ils réagissent sur la situation actuelle du club. Et effectivement, Dassault a apporté des garanties. Mais moi je ne parle que d'une situation dans un passé très proche. Je ne dis pas aujourd'hui au 1 er janvier, le club est dans une situation critique. Je dis qu'il l'était au 30 juin. (ndlr : depuis, le club a vendu des joueurs, il y a eu aussi les nouveaux droits TV).
Et que pensez-vous des insinuations du genre « à qui cela profite-t-il » faites de concert par Rudi Roussillon et Jean-Luc Gripond ?
C'est classique. Ils savent que j'ai forcément bénéficié d'une fuite, puisque j'ai les documents comptables et qu'ils sont censés être les seuls à connaître les chiffres.
Mais alors, puisqu'on vous les donne, pourquoi à vous et n'avez-vous pas la crainte d'être « instrumentalisé » ?
On me les donne sans doute car on sait que j'ai déjà écrit certaines choses par le passé. Quant à être « instrumentalisé », c'est une réaction classique aussi. On ne peut rien contre ce genre de réaction. Mais peut-être que des personnes ne souhaitent pas que la Socpresse quitte le club, sans que certaines vérités ne soient dites…
Hier, Jean-Marc Ayrault s'est exprimé dans Ouest-France. Il parle d'un problème sportif mais pas financier, il dit aussi : « l'information approximative n'est jamais bonne » et enfin que la Socpresse a toujours respecté ses engagements.
Je ne pense pas que Jean-Marc Ayrault ait un intérêt politique à ce que la Socpresse laisse un « mauvais souvenir » au FC Nantes…
Pour finir, vous révélez aussi que la police judiciaire a entendu Jean-Luc Gripond dans le cadre d'emplois fictifs. Ça n'est pas rien, mais on dirait que ça ne gêne personne ?
Effectivement, je me suis entretenu avec lui à ce sujet, et il me l'a confirmé, ça n'a pas eu l'air de le gêner plus que ça d'ailleurs.
Recueilli par F.P., les 4 et 5 janvier 2006.
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