Oh ! Nous n'allons pas être malhonnêtes, nous laissons bien volontiers cette caractéristique à d'autres, et assurer bêtement que les derniers produits de la formation nantaise sont tous des surdoués. Un Thicot par exemple reste une source de déception, surtout quand on voit le niveau où il se situe aujourd'hui et ce que sont devenus quelques uns de ses camarades de promotion dans les équipes de France de jeunes, les Benzema, Ben Arfa, Nasri, Menez, Matuidi... On ne va pas dire non plus que Bocundji Ca, dont nous garderons toutefois longtemps en mémoire le précieux but qu'il avait marqué à Istres en 2005, est un génie du jeu ou que tous les jeunes Canaris actuels sont des produits symboles de l'école nantaise.
Jamais Nantes n'a aligné aussi peu de joueurs formés en son sein
Il n'empêche. Entre certains grognards sur le retour rameutés par Gravelaine ou Kita et les espoirs, même s'ils n'ont pas été confirmés, que représentent des joueurs élevés dans le respect des valeurs jaune et verte, notre préférence est vite faite. Et nous ne pouvons que déplorer qu'on ne leur ait pas donné davantage leurs chances, surtout au moment où le club est descendu. Jamais depuis des lustres il n'y a eu aussi peu de joueurs formés à Nantes dans les équipes alignées chaque semaine par Michel Der Zakarian. Le rapport entre cet état de fait et la qualité du jeu est évidente. Mais là où le bât blesse encore plus est que les dirigeants actuels sont en train d'accélérer le processus mis en place par Gripond et Roussillon. Ils reprennent à leur compte les méthodes de leurs sinistres prédécesseurs. En faisant même moins bien car les joueurs poussés vers la sortie par Gripond avaient une certaine valeur marchande qui permettait à défunt Croquemort de ne pas présenter des bilans comptables trop déficitaires. Aujoud'hui, on ne vend plus, on prête. Et, bien sûr, on achète. C'est quoi l'intérêt de se payer Faty ? Mais qui voudrait nous faire croire qu'un Poulard est supérieur à Das Neves, qu'il constitue sur le moyen terme une meilleure solution ? Or, c'est au sujet de Das Neves que des rumeurs de départ ont circulé. Au lieu de le mettre en confiance, de s'apercevoir qu'il peut évoluer en défense centrale, en milieu défensif et même sur la droite de la défense, là où les adversaires s'en donnent souvent à cœur joie, on lui a mis dans les pattes l'ancien Strasbourgeois Ricardo Faty, lequel a si bien réussi à Leverkusen, où l'AS Rome l'avait refilé sans trop se faire prier, qu'il a déjà disputé deux matches cette saison. Faty incarne-t-il le style nantais, déjà fort martyrisé ? Va-t-il s'intégrer rapidement ? Peut-être, peut-être pas. En tout cas, sauf si on veut faire du commerce et, parfois faire gagner de l'argent à quelques intermédiaires, on ne se lance pas dans une telle opération. Larièpe nous a dit que comme la charnière de défense centrale nantaise fonctionne bien en ce moment (il ne doit pas tenir compte des relances !), Faty a été enrôlé pour évoluer en milieu de terrain récupérateur. La belle affaire ! Dans ce rôle, outre Das Neves, le club ne possède-t-il pas aussi William Vainqueur qui s'apprête à effectuer son retour et qui n'a sans doute pas grand chose à envier à Ricardo Faty. Alors où est l'intérêt de la manœuvre ? Sur le plan footballistique s'entend. Du commerce d'abord, du foot, éventuellement, ensuite Das Neves pour l'instant est encore là. Heureusement. En revanche, Karim El Mourabet, Bocundji Ca, Claudiu Keserü, Faneva Andriatsima sont partis. Guillaume Norbert est également visé mais on ne peut pas le défendre très ardemment dans la mesure où, très souvent blessé, il n'a pas rendu les services escomptés depuis son recrutement, il y a trois ans. A tel point que personne n'avait trop compris lorsque Roussillon lui avait prolongé son contrat au printemps dernier. Larièpe assure que Keserü, Andriatsima, Ca et El Mourabet reviendront « plus forts », respectivement de Libourne, Cannes, Tours et Laval. Il est permis d'en douter pour ceux appelés à évoluer en National. Et est-ce judicieux de prêter Keserü (déjà un but l'autre jour contre Châteauroux) à une équipe dont Nantes croisera bientôt la route (à moins qu'une clause, forcément discutable, ne stipule que Claudiu ne doit pas jouer contre son ancienne équipe) ? On remarquera aussi que, bizarrement, tous les joueurs prêtés ont été invités à prolonger leur contrat. Est-ce pour les inciter à partir sans regimber ? Pour mieux les vendre ensuite ? Pour mettre de l'argent dans la poche des leurs agents qui savent qu'une nouvelle transaction risque d'avoir lieu en juillet prochain ? On peut s'étonner qu'aucun d'eux n'ait eu l'audace de conseiller à Larièpe d'aller potasser pendant quelques mois la façon dont Arribas, Suaudeau, Denoueix et quelques autres ont construit le FC Nantes. Un tel stage lui permettrait peut-être, à lui aussi, de devenir (on n'a pas écrit revenir) plus fort. Car enfin une faillite à Lausanne, un emploi de subalterne à Marseille, c'est un peu court comme références. D'autant que des leçons phocéennes il ne semble avoir retenu que le plus nauséeux : faire du commerce d'abord, du foot, éventuellement, après. En attendant, comment les parents de jeunes joueurs de qualité pourront-ils accepter de confier leurs enfants au FC Nantes, puisqu'ils savent qu'ils n'y auront pas leur chance ? Il serait peut-être bon aussi, en cette année d'élections, que les collectivités qui par leurs subventions aident le centre de formation se posent quelques questions. Car s'il est de leur mission de contribuer à l'épanouissement des hommes, il n'entre certainement pas dans leur attribution d'en favoriser le commerce.
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